Limonade J. Ichtertz & Fils

Période : 1960 à 1969 : années 60, 1970 à 1979 : années 70, 1980 à 1989 : années 80

Document : Limonade Joseph Ichtertz & Fils

En 1989, l’entreprise était encore dirigée par Jean Ichtertz (1929-2005) secondé lui-même par son fils Jean Claude qui lui succédera après son départ à la retraite en 1990.

L’entreprise a été fondée en 1925 par le père de Jean, Joseph Ichtertz (1901-1978), maître menuisier de métier, qui à l’exception de son mobilier personnel, n’a pratiquement jamais exercé ce métier. Joseph s’est lancé assez vite dans la fabrication de limonade, nouvelle boisson à la mode au temps de « la Belle Epoque ».

L’idée de commercialiser de la limonade lui est venu de son père  Alphonse Ichtertz (1857-1946), vigneron par tradition familiale mais également préparateur pour le pharmacien de l’époque, spécialiste de sirops contre la toux. La limonade était obtenue en ajoutant de l’eau gazeuse – eau pure chargée en acide carbonique sous haute pression – au sirop.

En 1928, Joseph Ichtertz épouse Maria  Affolter (Anne-Marie), fille de Joseph Affolter, aubergiste du restaurant « Zum Stern » (à l’Étoile) avant de devenir « A la Croix d’Or ». Le jeune couple a pu bénéficier de la moitié de la Gartenwirtschaft (restaurant d’été) pour y construire au début des années 1930 et juste à côté du cimetière leur maison d’habitation. Par la suite ils ont pu acquérir des terrains derrière la maison, jusqu’à la voie ferrée, pour agrandir leurs entrepôts.

Au départ, Joseph Ichtertz fabriquait de l’au de Seltz (eau gazeuse dans des bouteilles siphon) et plusieurs sortes de limonades : la limonade blanche « pur sucre » obtenue avec un sucre très raffiné provenant de Picardie, la limonade jaune avec un colorant et la limonade rouge avec de la grenadine. Ce sont ensuite ajouté les sodas : eau + sucre  + pâte à l’orange ou au citron et colorant. La chimie était le domaine de Joseph Ichtertz, qui a par la suite transmis ce savoir faire à Jean-Claude son petit-fils.

A cette activité de fabrication s’est très vite ajoutée une activité de négoce. La limonade était vendue essentiellement à des aubergistes qui avaient également besoin de diversifier les boissons, c’est ainsi que s’est développée la distribution d’eaux minérales ainsi que d’autres sodas.

Jusque dans les années 70, certaines bouteilles d’eaux minérales : tels Perrier, Vichy-Etat, Evian arrivaient en vrac par wagons SNCF; les bouteilles étaient empilées, séparées par des couches de paille pour limiter la casse. Mais les pertes restaient conséquentes; les wagons bien qu’étiquetés « fragile » ne bénéficiaient d’aucun régime de faveur. A l’arrivée du wagon à la gare de Rosheim-Ville, avenue Clemenceau, il fallait décharger le wagon et transborder les bouteilles dans des casiers « maison » en bois à 10 ou 20 alvéoles.

Pour les sources plus proches en Alsace: Carola à Ribeauvillé, Nessel et Lisbeth à Soultzmatt, ou dans les Vosges: Vittel, Contrexéville, le transport était effectué dans des camions de l’entreprise. Pour d’autres sources plus lointaines, mais mal desservies par le chemin de fer, comme  Vichy Régina à Cusset (03) ou Badoit à Saint Galmier (42) le temps de route était bien plus long.

L’approvisionnement des sodas était également effectué par camion, dans la région : Fegersheim pour Orangina, le Port du Rhin de Strasbourg pour Coca-Cola, en région parisienne pour Schweppes.

Pour la livraison des clients et l’approvisionnement en boissons,  l’entreprise Ichtertz a dû s’équiper d’une flotte de camions. L’un des premiers était le Citroën U23 conçu en 1935; il a été remplacé dans les années 60 par un camion OM. Pour les charges plus lourdes et les trajets plus longs, on utilisait un camion Berliet  qui a été remplacé dans les années 1970 par un  camion « Unic ».

Jean Ichtertz (1929-2005) le fils de Joseph a toujours travaillé avec son père; en 1965 il reprend officiellement la direction de l’entreprise qui devient la SARL Ichtertz Joseph & Fils. L’entreprise se développe, une nouvelle chaîne d’embouteillage, composée d’une rinceuse, d’une tireuse, d’une capsuleuse et d’une étiqueteuse est installée. Toujours très bien entretenue, elle fonctionnera jusqu’à la fin d’activité de l’entreprise; elle a juste été complétée d’une machine permettant de boucher les bouteilles à vis quand celles-ci ont remplacé les bouteilles à fermeture mécanique.

La partie négoce se développe également; les restaurateurs et débits de boissons restent la clientèle principale; tous les jours des tournées permettaient le réapprovisionnement des établissements des communes proches, Obernai, Boersch, Kingenthal, Grendelbruch, Mollkirch, Rosenwiller, Bischoffsheim, Griesheim etc.. Pour les gros clients, le Mont Sainte-Odile et les dépositaires de Sélestat (Damm, Cave des Fanciscains, Jehl) ou de la Vallée de la Bruche, les livraisons se faisaient sur commande. Les particuliers n’étaient pas oubliés bénéficient d’un réapprovisionnement en marge des tournées ou d’une livraison en fourgonnette.

L’ensemble de ces activités nécessitait une main d’œuvre importante, les bouteilles, casiers et palettes étant consignées, la gestion des « retours » représentait un travail considérable. Pour satisfaire l’ensemble de la clientèle il a fallu embaucher 2 à 3 salariés permanents, mais heureusement l’activité était saisonnière, de jeunes saisonniers permettaient de compléter les effectifs grâce à des jobs d’été.

Jusqu’en 1972, les établissements J. Ichtertz  distribuaient essentiellement des eaux et des sodas, et en complément un peu de vin (Saint-Morand, Cave des Franciscains et par la suite des vins Ingert-Koenig). Mais ce marché était également convoité par les brasseurs qui essayaient  d’élargir leur gamme de produits. La commercialisation de bière semblait être une bonne solution, mais les brasseurs Mutzig, Fischer, Kronenbourg, Schutzenberger déjà bien implantés localement verrouillaient le marché avec leurs contrats bière. La seule marque non représentée dans la région était la Brasserie Météor; ce sera à compter de 1973 celle que distribueront les établissements J. Ichtertz; une marque moins connue que celles des ténors du marché qui ne garantissait pas le même chiffre d’affaire.

Jean-Claude, le fils de Jean, né en 1957 rejoint l’entreprise en 1976. Après son année de service militaire en 1977-1978, il travaille avec son père. Mais la concurrence est de plus en plus rude; pour maintenir le chiffre d’affaire, l’embauche d’un salarié avec des compétences commerciales s’avère nécessaire.

Jean-Claude prend la gérance de l’entreprise en 1990 après le départ à la retraite de son père. Pendant une dizaine d’années il essaie de continuer seul l’exploitation familiale. Mais il apparaît bien difficile de mener de front, tout seul, la fabrication, les livraisons, l’administratif et le commercial. Un accord de gestion avec l’entreprise Ingert-Koenig permettra de le soulager et de continuer l’exploitation.

En 1997 il rachète le fonds de commerce des Etablissements Clauss de Wasselonne et reprend un salarié: M. Léon Bosch. Les Ets Clauss étaient dépositaires des Brasseries Schutzenberger, ce qui lui ouvre un nouveau marché et une zone géographique plus étendue (Wasselonne, Marlenheim, Westhoffen).

En 2000, les vins Ingert-Koenig cessent leur activité, Jean-Claude reprend son indépendance et continue son exploitation  jusqu’en 2009.

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