Joseph Grau : 20 ans en 1940
Collection : Histoire des Familles et autres parcours de vie...
Période : 2ème Guerre Mondiale (1939-1945)
Parcours du jeune Joseph Grau né le 27 mars 1920 en 1940.
Sur la base d’un courrier adressé à ses parents le 1er février 1945 depuis Setif en Algérie.
Avoir 20 ans en 1940 n’est pas facile, quelle perspective pour les jeunes gens en cette période de guerre ? Vivre sous l’occupation allemande avec toutes les conséquences prévisibles : restriction des libertés, privations et peut être même mobilisation.
Le jeune Joseph Grau, qui venait d’obtenir son brevet de compagnon était employé dans l’entreprise de peinture de son père Paul Grau. Plutôt que de rester en Alsace annexée de fait au Reich, il préféra rejoindre la zone libre de la France où les perspectives d’avenir lui semblaient plus favorables. Ce choix a peut-être été influencé par les relations politiques de son père, notamment le député Henri Meck de Molsheim dont il sera le suppléant bien des années plus tard. Henri Meck était ouvertement hostile au nazisme et a préféré voter en faveur de la remise des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.
Par la suite, ce départ précipité vaudra à la famille Grau quelques tracasseries, notamment des interrogatoires de la part de la Gestapo.
Le jeune Joseph part en zone libre, mais vu son jeune âge il doit intégrer les Chantiers de Jeunesse. L’armistice du 22 juin 1940 ayant supprimé le service militaire obligatoire, les Chantiers de Jeunesse sont créés en remplacement, le . Les jeunes hommes de la zone libre et de l’Afrique du nord française en âge (20 ans) d’accomplir leurs obligations militaires y sont incorporés pour un stage de six mois. Ils vivent en camp près de la nature, à la manière des scouts, à la différence essentielle qu’ils ne sont pas volontaires et ils accomplissent des travaux d’intérêt général, notamment forestiers, dans une ambiance militaire. Ils sont encadrés par des officiers et des sous-officiers d’active et de réserve démobilisés, ainsi que par des aspirants formés pendant la guerre de 1939-1940. À partir de 1941, l’obligation des chantiers de jeunesse est prolongée, passant de six à huit mois.
Après un passage à Millau, le jeune Joseph part pour la Tunisie le 17 décembre 1941 et trouve un emploi de comptable à Bizerte où il restera 10 mois. La guerre le rattrape; en effet au débarquement allié en Algérie en novembre 1942 succède bientôt la campagne de Tunisie. Pour fuir les bombardements alliés, Joseph Grau quitte Bizerte pour Tunis mais n’y trouve pas d’emploi. Avec 2 amis, ils décident de partir pour Sfax dans le sud de la Tunisie dans le but de rejoindre les troupes françaises.
Malheureusement, ils sont pris par les Italiens qui les obligent à travailler au port, et ils se retrouvent à nouveau sous les bombardements faisant de nombreuses victimes. Joseph profite, de cette situation chaotique pour s’enfuir à Tunis sous un faux nom.
Il rejoint les Chantiers de Jeunesse en mai 1943 et réussit à intégrer l’Ecole des Cadres au Fort de l’Eau près d’Alger. Après un stage de 2 mois et demi, il est nommé assistant ce qui lui permet une vie un peu plus décente.
Promu sergent, il quitte les Chantiers de Jeunesse pour rejoindre un régiment de zouaves. Il repasse par Bizerte avant de partir pour l’Italie rejoindre le corps expéditionnaire français. Il arrive à Naples, ville qu’il n’apprécie pas, est affecté au « bureau » et devait embarquer avec bureau et matériel pour faire la guerre en France.
Sur le port d’embarquement il eut 2 accidents de circulation en 3 minutes : il échappe de justesse au 1er qui fait pourtant 3 victimes puis se fait renverser par un camion et en a les jambes brisées. Inconscient, il se réveille 6 heures plus tard dans un hôpital américain. A son réveil il est pris en charge par des nurses et des docteurs américains qu’il ne comprenait pas. Il a été tellement désagréable avec le personnel soignant qu’il a été expédié à l’arrière, de Foggia à Bari mais toujours pris en charge par des hôpitaux américains.
Pour soigner sa jambe, il passera par 5 hôpitaux :Foggia, Bari, Naples, Oran, Rabat et après 72 jours de plâtre il part pour une convalescence de 60 jours. Il passe une grande partie de sa convalescence à Tunis avant de rejoindre Setif en Algérie où les médecins militaires devaient se prononcer sur son aptitude à reprendre le service.
Il s’y trouvait encore en février 1945, date à laquelle il rédigea cette longue lettre expliquant son parcours à ses parents. Il espérant encore être réformé, bien conscient toutefois que la guérison était proche et qu’il pourrait travailler à nouveau à l’issue de la guerre.