Pierre Lehn
Collection : Personnalités marquantes de Rosheim
Période : 1960 à 1969 : années 60, 1970 à 1979 : années 70
Pierre Lehn (29/02/1912 – 23/01/2003)
Document : Pierre Lehn
Pierre Marie Gérard Lehn est né le 29/02/1912, fils de Joseph Lehn, boulanger et de Marie Bronner.
Il a grandi avec sa sœur aînée Marie et deux frères Paul et Joseph dans la boulangerie paternelle située près de la porte basse de Rosheim (Untertor ou Niedertor).
Très jeune il fit connaissance avec la musique par sa participation à la chorale. C’est là qu’il fut fasciné par le son de l’orgue, instrument majestueux dont les grondements faisaient vibrer tout l’entourage.
Très curieux de nature, il s’y intéressa de plus près et commença à comprendre son fonctionnement. C’est en démontant une flûte en carton qui lui avait été offerte, puis en observant un tuyau d’orgue « emprunté », qu’il a compris que c’est en s’échappant par une petite fente, que l’air mettait en vibration le tube et qu’il suffisait alors de changer la longueur ou la matière des tuyaux pour obtenir à l’infini des sons différents. Il semblerait qu’il s’est aussi familiarisé avec l’orgue lors de la construction de l’orgue de St. Etienne en 1925 comme aide au facteur Joseph Rinckenbach.
Sa passion était née, il a voulu fabriquer lui même son orgue. A la même époque son père acheta un piano pour son frère Joseph, futur instituteur, il s’y essaya presque en cachette, avant de se lancer dans l’apprentissage musical partageant son temps entre l’école et l’étude de la musique… par des leçons particulières à Obernai et de longs moments de travail au clavier.
Adolescent, il accompagne au piano les films muets projetés dans la salle de cinéma Vasconi de la rue des Veaux. L’argent recueilli lui permettra de s’acheter son vélo.
Devenu jeune homme, Pierre apprit la profession de boulanger et assura la relève de la boulangerie familiale. Il partageait son temps entre le fournil, la musique et la fabrication d’orgues. Il montait, démontait, remontait sans cesse ses instruments afin de les améliorer.
Il avait demandé de l’aide à Albert Kastner, qui travaillait chez les facteurs d’orgue Kriess de Molsheim et Roethinger de Strasbourg. Albert Kastner vint lui donner un coup de main un dimanche, jour de repos de la boulangerie, avec sa future épouse Marguerite accompagnée par sa sœur, Marie âgée de 19 ans. Pierre les a régalés d’une meringue glacée et…ce fut début d’une romance avec Marie qui deviendra la future épouse de Pierre.
Le mariage avec Marie Salomon d’Irmstett fut célébré le 25 juillet 1938 à Marienthal et le couple s’installa dans la boulangerie familiale à Rosheim.
Lors des nombreuses rencontres familiales entre les époux Lehn et Kastner, la conversation tournait beaucoup autour de la facture d’orgue et Albert confia à Pierre un traité d’orgue, techniquement très poussé, qui lui permettra de perfectionner ses créations.
Après un service militaire effectué au Havre vinrent les années sombres de la guerre. Pierre ne put échapper à l’incorporation de force, mais fera tout pour ne pas aller au front … arrachage de dents, simulation de folie, tentative de fuite, emprisonnement… Il réussit à s’évader vers la fin de la guerre.
De l’union avec Marie Salomon, sont nés quatre fils qui ont tous fait une carrière professionnelle exceptionnelle imprégnés à leur tour du don musical.
– l’aîné, Jean Marie, qui après de brillantes études sera professeur à l’université de Strasbourg puis au Collège de France. Ses recherches seront récompensées par le Prix Nobel de chimie en 1987. Il a également baigné dans la musique dès son plus jeune âge. Il a été initié au piano par Joseph Kuntz, instituteur, musicien et compositeur, le fils de l’instituteur de Rosheim Charles Kuntz.
– le second, Joseph, s’est d’abord lancé dans la fabrication du pain comme son père et son grand-père. Mais il abandonnera la profession pour des études de droit et sera juriste à Strasbourg. Il est également un musicologue reconnu, spécialiste de Bach,(un de ces fils s’appellera Jean Sébastien, le second Cyrille Lehn est un musicien professionnel reconnu).
– le troisième, Materne, fit des études de médecine, se spécialisant dans la psychiatrie. Il s’installera comme psychiatre à Montpellier. Sa passion pour les orgues en feront un grand organiste, il sera l’un des titulaires des orgues de Saint-Guilhem-le-Désert.
– le benjamin, Pierre, après un passage par l’Ecole Normale Supérieure fit également des études de médecine. Enseignant à la faculté de médecine de Paris, et chercheur, il dirige des recherches en thérapie génique et également musicien, il maîtrise parfaitement les claviers piano et orgue.
Monsieur Lehn était aussi un excellent pâtissier. Dans ce domaine, tout comme pour la musique il était obsédé par la qualité. Sa famille et ses clients se souviennent encore de ses spécialités remarquables : glaces, bûches de Noël, pièces montées exceptionnelles, de véritable œuvres d’art, prenant la forme de voilier, moulin à vent et d’autres fruits de son imagination. Dans son fournil il y avait toujours des partitions de musique qu’il consulte en pétrissant de la pâte. Dans les années 1950, le dimanche, jour de repos, il rencontre des musiciens chez lui pour des « Schubertiades ».
Pierre Lehn a mis tout son dynamisme dans le monde associatif de la ville de Rosheim. Il était pendant de très nombreuses année l’organiste de la paroisse, accompagnant tous les offices soit à l’église Saints-Pierre-et-Paul, soit à l’église Saint-Etienne. Il a longtemps dirigé la chorale Sainte-Cécile, assurant les répétitions, animant les offices. Les Rosheimois se souviennent de l’interprétation de grandes œuvres, telle que la « Missa Solemnis » de Mozart donnée avec le renfort de 90 musiciens lors des messes du 25 et 26 décembre 1963,
Il a également réussi de remarquables performances dans le chant profane. Il a monté avec succès de magnifiques représentations d’opérettes telles que « das Schwartzwald Mädel » de J. Jessel, « Das Dreimäderlhaus » de Franz Schubert et l’opéra « Der Evangelimann » de Kientzel.
Pendant une période, il a aussi assuré la direction de l’orchestre symphonique d’Obernai.
Bon musicien mais également passionné par la construction d’orgues. Il s’est occupé de la réfection de l’orgue de Holtzheim, a réalisé un orgue à Rosenwiller qui a servi un certain temps, a conçu et installé à titre gracieux celui de la chapelle du Bruderberg, un orgue de 98 tuyaux, ainsi que des orgues de salon destinés à chacun de ses quatre fils. Durant les 40 années où il était l’organiste de la paroisse de Rosheim, il a assuré l’entretien des deux orgues de la cité. Ainsi, dans les années 50, avec son beau frère Albert Kastner, il a assuré le relevage de l’orgue de l’église Saint-Etienne.
Il passa une retraite active en accordant des pianos et en donnant des cours de musique en privé mais également à l’école de musique. Il était un professeur très exigeant, toujours obsédé par la qualité, et exigeait un travail important à ses élèves, mais le résultat en valait la peine. Il a formé de très bons musiciens.
Tout en jouant souvent des airs de Bach et d’autres œuvres sur son orgue de salon d’une vingtaine de jeux, il a souhaité garder trace des moments qui ont marqué sa vie : deux récits d’une soixantaine de pages chacun, allant de l’histoire familiale à la dure période de la guerre furent écrit par M. Lehn afin que les souvenirs restent préservés.
Il est décédé le 23 janvier 2003 à l’âge de 91 ans, 10 ans après le décès de son épouse Marie.
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